"Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs."
Jean Cocteau

portrait agathe gaillard

 

La galerie d'Agathe Gaillard a été ouverte en juin 1975, dans le quartier du Marais à Paris, où elle est toujours. Elle fut encouragée par des photographes amis comme Jean-Philippe Charbonnier, Ralph Gibson, Henri Cartier-Bresson, André Kertesz, Edouard Boubat, Robert Doisneau, Gisèle Freund, entre autres.

L'idée était de créer une galerie de photographie, quelque chose de spécifique, adaptée à un art nouveau et une manière de collectionner nouvelle.
Les grands photographes connus ont toujours été mêlés à des jeunes photographes, attirés par cette nouvelle manière d'exercer leur métier, privilégiant l'expression personnelle et la qualité du tirage.

Il ne s'agit pas d'école, mais de fortes personnalités travaillant dans leur style propre. Ce sont presque toujours des photographes rencontrés personnellement, engagés dans une longue collaboration.
La galerie n'a pas pour but de s'insérer dans l'art contemporain, mais d'y faire entrer la photographie, dans sa spécificité.

Dés le début, la galerie n'avait pas envisagé d'autres ressources que la vente de tirages, qui s'est developpée lentement mais régulièrement.
La galerie a aidé à se constituer de grandes collections publiques et privées.

 

 

Le 10 juin 1975 ? C'était un rêve qui s'est précisé pendant des années, qui a trouvé sa réalisation ce jour-là.C'était un désir, j'étais sûre de la nécessité, j'étais sûre du succés. C'était le seul moyen d'essayer de donner sa liberté à la photographie, et sa place dans l'histoire de l'art.

La stratégie ? D'abord, montrer qu'il y avait des auteurs, des créateurs de mondes, pas seulement des photos dues au hasard et aux appareils-photo. Ensuite, recruter et convaincre dans tous les milieux. Par la suite les milieux rigides ont été dangereux, par leur volonté de rationaliser, de classer, d'évincer, de contrôler pas assez à l'écoute, pas assez curieux. Sans aucune expérience, me fiant à mon intuition, j'ai essayé, j'essaie toujours, de faire une galerie de photographie, quelque chose de spécifique, adapté à un art nouveau et une manière de collectionner nouvelle.

Le marché ? Pendant les années où les peintres s'adonnaient avec talent à la destruction de la peinture, la photographie grandissait et se fortifiait. Il y a eu des galeries, des collectionneurs, des musées, le pire et le meilleur, comme c'est normal. Les collectionneurs sont devenus de plus en plus compétents, des enfants qui apprenaient à marcher dans la galerie achètent maintenant des tirages, un nombre considérable de photos a été acheté, a trouvé sa place, celle où elles sont considérées avec amour, toujours avec la conscience de leur valeur. Des régles se sont prudemment mises en place, des usages se sont imposés par un consensus général. Bien qu'applicables au monde entier, ces régles sont restées suivies. Les tentatives de dérapage ont été dénoncées et assez vite abandonnées.

Marchand d'art ? Quel métier est-ce? Un rapport avec l'art où on est débarrassé de l'ego. Un espoir de dévoiler des mystères, une tentative de maîtriser ce qui, heureusement reste sauvage. Un jeu de la vérité où on peut tricher sans que cela se voie.

Collectionner ? Par son prix modique la photographie est accessible à tous. Choisir ce qu'il est important de conserver de l'art de son époque n'est plus réservé à quelques-uns mais appartient à chaque acheteur, même occasionnel. La collection de photographie est démocratique et particulièrement créative.

Le plaisir ? C'est une des aventures les plus amusantes de notre temps. On ne connaît encore qu'une petite partie de la photographie, de nouveaux aspects se révèlent, deviennent intéressants dés qu'on y attache son attention. La diversité, la richesse des terres encore vierges est immense. Par sa passion, sa persévérance, chacun peut mettre à jour un courant ou une forme de photographie et le faire découvrir aux autres. Plus les collections ressemblent à ceux qui les font, plus elles sont intéressantes et contribuent à enrichir notre conscience de la photographie. Les photos sont toujours une confrontation au réel, une première fois par celui qui les prend, ensuite par ceux qui les regardent, y adhèrent ou les rejettent. On pourrait dire que notre collection c'est ce que nous pouvons aimer ou accepter de la vie.

agathe gaillard

(extrait de Photographie à Paris N°1 mai 1995 pour les 20 ans de la galerie)

 

 

Marianne Valio : Agathe Gaillard, vous avez été dès 1975, la première galerie de photographie ouverte à Paris. Vous y avez présenté et fait découvrir au public des photographes auxquels votre galerie est toujours restée fidèle. L'histoire de la Photographie à travers la représentation actuelle des photographes sur le marché de l'art et auprès du public - démontre que vous ne vous êtes pas trompée. Qui sont les photographes, dans les années soixante dix, qui vous ont soutenue dans votre projet d'ouverture d'une galerie consacrée à la photographie, qui ont cru en vous - et réciproquement - à une époque où la photographie était encore le parent pauvre du monde de l'art contemporain ? Quels photographes avez-vous présentés ensuite, et pourquoi ? Comment assumez-vous votre rôle de galeriste au quotidien dans une société où le marché de la photographie est en plein essor comme vient de le confirmer le récent " Paris Photo " qui s'est tenu au Carrousel du Louvre, et auquel vous avez participé ?

Agathe Gaillard : A l'initiative de mon projet en 1975, j'ai été encouragée particulièrement par deux photographes, Ralph Gibson et Jean-Philippe Charbonnier, qui a par ailleurs été mon mari.

Ralph Gibson et Jean-Philippe Charbonnier ayant déjà atteint une renommée certaine, ils m'ont soutenue et se sont portés garants de mon entreprise car ils y croyaient. Ils avaient compris que c'était mon chemin, mon destin.

Jean-Philippe Charbonnier m'a aidée à installer le lieu au 3 rue du Pont-Louis-Philippe, et la première exposition a été celle de Ralph Gibson.

C'était des moments d'euphorie, d'énergie particulière, Ralph Gibson avait 34 ans. Depuis cela n'a pas cessé. Je suis toujours dans l'inconnu, dans le " pas encore vécu " à chaque montage et à chaque inauguration d'expositions.

Souvent, je me demande pourquoi la photographie n'a pas été inventée plus tôt, car le procédé est extrêmement simple. C'est sans doute la raison inconsciente pour laquelle j'ai désiré ouvrir ma galerie aux photographes, dès 1975, pour ne plus jamais la quitter.

La photographie est advenue en même temps que la psychanalyse. Par ce medium ce n'est plus le contrôle qui est recherché mais la spontaneité. La photographie a certes un rapport au réel mais surtout à l'inconscient ; peut-être que la peinture ancienne comportait cet élément. Peut-être…

En ce qui concerne le choix des photographes et leurs expositions dans la galerie, je dirais que chaque photographe m'amène à un autre photographe. Chacune des expositions insiste sur mon approche et la compréhension de ce qu'est la vie. Chaque photographe doit m'apporter quelque chose de plus. C'est en fonction de ma propre découverte que je choisis les artistes. C'est une nécessité.

Chaque exposition est une expérience renouvelée. J'aime voir ce que suggère chaque accrochage et le partager avec le public : " Je trouve, je montre, qu'est-ce que vous en pensez ? ". Quelquefois la réponse est enthousiaste, quelquefois elle est frustrante.

La galerie est depuis son ouverture, un présent, elle renouvelle du présent. Ce qui change ce sont les photographies sur les murs. A la fin de chaque exposition je ne suis pas la même ; j'ai vécu quelque chose. Ensuite je fais un autre choix, j'entre dans un autre monde. Il y a des mondes plus agréables que d'autres.

Je fais très attention à ne pas m'entourer de photographes qui pourraient me déprimer ou me démotiver.

Marianne Valio : Y-a-t'il, selon vous, une lecture spécifique du medium photographique par rapport aux autre supports dans le champ des arts visuels ?

Agathe Gaillard : L'idéal pour regarder une photographie c'est de se tenir à une distance d'un mètre. Notre vision appréhende l'œuvre photographique d'une manière globale. La première vision est globale, on entre d'un seul coup dans la photographie, contrairement à la peinture où le regard parcourt la toile et peut suivre imaginairement la main ou le geste du peintre.
A mon avis, le négatif perd souvent de sa qualité et de sa densité s'il est agrandi.
Quand je vois des photographies pour la première fois, il faut que je le fasse vite. Dans un premier temps j'aime regarder une exposition dans son ensemble avant de regarder chacune des photographies. Je m'immerge dans l'ambiance générale, et au fur et à mesure des sensations j'essaie de reconstituer dans son ensemble le monde du photographe. Je procède par juxtaposition comme pour la musique. Suivant l'accrochage d'une photographie à côté d'une autre, ça prend un sens différent. Selon la place qu'on leur donne on a des révélations qui sont toujours en rapport avec l'inconscient car le langage est souvent impuissant à se faire comprendre. J'aime les photographies " simples " car pour moi elles sont plus riches, plus mystérieuses, plus ouvertes. Une photo " simple " peut être très savante : des années de travail pour faire un geste naturel, le déclic. A fréquenter des photographes quotidiennement on développe un langage visuel. Le visuel est parfaitement éclairant. J'ai remarqué que les photographes parlent entre eux d'une manière très simple. C'est un langage, l'image, comme si on voulait expliquer la musique. C'est magnifique de montrer une image et de se faire comprendre. Cela me fait penser à ma pratique du Xikong depuis vingt ans : le corps s'exprime et ça ne passe pas par les mots ; j'ai appris encore mieux à saisir les choses sans avoir à en parler.

Marianne Valio : Le regard du photographe sur le monde, est-il au delà de sa valeur artistique, une nécessité incontournable dans l'histoire de l'art ?

Agathe Gaillard : Si la photographie a été inventée c'est parce qu'elle est nécessaire, ça ne veut pas dire autre chose. On regarde les photographies d'un auteur et on sait presque tout de lui…

(Interview d'Agathe Gaillard par Marianne Valio. Décembre 2002)

 

trait de déparation 

 

Description des usages en photographie établie par l’Association pour la Défense et la Promotion de la Photographie Originale, 1982:

LA PHOTOGRAPHIE ORIGINALE

Qu’est-ce qu’une photographie ?

Aujourd’hui, c’est généralement une image sur papier photographique industriel (au bromure ou au chlorobromure d’argent) ou artisanal (les firmes photographiques ayant abandonné la fabrication d’émulsions positives non argentiques comme le papier au charbon, au platine, au palladium, etc, des photographes retrouvent des formules anciennes pour émulsionner eux-mêmes leurs papiers.)

Le vocabulaire utilise beaucoup de mots pour désigner la photographie-image multiple (photographie, épreuve, tirage, positif, agrandissement, contact), image multiple qui s’oppose à l’image unique, généralement un positif direct (obtenu sans la matrice du négatif) comme l’étaient le daguerréotype, le ferrotype, l’ambrotype, et comme l’est aujourd’hui le polaroïd . (Toutefois il existe certain type de polaroïd noir et blanc à négatif récupérable.)

On peut encore signaler certaines photographies obtenues sans négatif : les photogrammes (Man Ray, Schad, etc) et les chimigrammes (Sudre, Cordier).

Pour la photographie en couleur, on distingue plusieurs procédés de tirage,qui présentent des espérances de conservation variables : le tirage rc (resine coated), le Cibachrome, le dye-transfer, le tirage au charbon Fresson. Il y a aussi des mises en couleur de photographies noir et blanc, soit par chimie (virages et oxydations), soit par application manuelle de colorants.

Qu’est-ce que le négatif ?

Après la prise de vue, l’image latente devient “negatif” lors du développement.Le format du négatif est lié au format de l’appareil photographique : on parle, par exemple, de 24x36 mm(les américains disent 35mm), de 6x6 (cm), de 4x5 (inches, c’est à dire 10x12,5 cm), de 13x18(cm), de 20x25(cm), etc...

Le support du négatif peut être du papier (calotype, papier ciré, etc), une plaque de verre, ou comme aujourd’hui un film souple (triacétate de cellulose ou polyester).

Sur le négatif les ombres du sujet sont traduites par des valeurs claires et les hautes lumières par des zones sombres : on dit que la “gamme des gris” est inversée ou en négatif ;

Tant qu’il n’existe pas de tirage, le négatif n’est qu’une intention.

Qu’est-ce que le tirage ?

Le tirage, c’est l’opération qui va permettre d’obtenir, à partir du négatif, un ou plusieurs positifs en inversant la gamme des gris (du négatif) pour retrouver les valeurs du sujet ;

Le mot tirage désigne à la fois le résultat et l’opération qui, de nos jours, se pratique généralement au laboratoire à l’aide d’un agrandisseur.

Un tirage n’est pas toujours un agrandissement. Il peut être une réduction. Il peut aussi être effectué par contact (le négatif étant maintenu en contact avec le papier sensible).

Dans le cas des contacts, le négatif et le positif ont alors une taille identique. Il faut distinguer :

- les contacts qui engendrent une épreuve d’exposition, d’après généralement des négatifs de moyen ou grand format (exemples Sudek, Weston).

- des planches de contact des négatifs de tous formats (au seul usage du photographe) comme référence d’un système d’archivage et outil de première lecture des photographies.

Le négatif peut être comparé à une partition de musique car le travail du tireur est celui d’un interprète, l’auteur du négatif étant alors considéré comme le compositeur.

Une épreuve de lecture est un déchiffrage: un tirage définitif est une interprétation aboutie, voire magistrale (les américains parlent de “master-print”)

Un compositeur d’images n’est pas toujours un virtuose du tirage. En revanche, il existe de (très) bons interprètes qui ne seront jamais de grans compositeurs.

Une photographie peut être complètement modifiée par le tirage (certaines valeurs peuvent être accentuées ou éclaircies sur tout l’image ou partiellement). C’est beaucoup plus délicat que le simple réglage, en contraste et en densité, d’un téléviseur.

Il ne faut pas confondre :

- épreuve de lecture : tirage souvent sans finesse qui permet aux photographes de préciser le choix déjà fait sur les contacts, entre une image et une autre, d’étudier la mise en valeur des gris du tirage définitif.

- tirage de presse : destiné comme son nom l’indique à la page imprimée et qui, à cause des modalités techniques de la photogravure, est généralement plus gris, c’est à dire moins contrasté qu’un tirage définitif d’exposition. Aujourd’hui les photographes fournissent délibérément pour se prémunir contre le vol ou le risque de confusion avec des épreuves d’exposition, des tirages de presse à conservation précaire.

- tirage définitif : ou photographie originale: il n’a de destination que son existence de tirage. Il est contrôlé et reconnu par le photographe qui a décidé du format, du contraste, du cadrage de l’image, qu’il en ait ou non effectué le tirage.

Un tirage original doit toujours être signé lorsque son auteur est vivant.

Qu’est-ce qu’un tirage d’époque?

Le tirage d’époque, dit aussi “vintage” est contemporain de la prise de vue. Il ne faudrait pas le confondre avec une épreuve de lecture, fut-elle d’époque, qui ne reste dans la plupart des cas, qu’un brouillon. le tirage d’époque n’est pas toujours un tirage définitif d’époque.

Qu’est-ce qu’un tirage original?

C’est dans la plupart des cas un tirage ultérieur effectué à partir du négatif original longtemps après la prise de vue, par le photographe lui-même ou sous son contrôle . Parfois il n’existe pas de tirage d’époque : quand le négatif a disparu (détruit ou perdu) ou quand le photographe redécouvre bien des années plus tard une image qu’il n‘avait jamais tirée. Il peut donc exister des tirages originaux différents suivant l’époque du tirage, ou les différents interprètes. Il est souhaitable que le nom du tireur, et la date de son exécution soient indiqués au dos du tirage.

Qu’est-ce qu’un contretype ?

Le contretype ou reproduction est obtenu à partir d’une épreuve photographique rephotographiée. Sa matrice n’est pas le négatif original de prise de vue qui a été perdu ou détérioré.
Certaines réalisations des photographies passent obligatoirement par un contretype: le cliché original étant recomposé au tirage (superposition, collages, interventions au crayon, etc), le second négatif devient le négatif définitif . ce procédé est dans ce cas, un élément nécessaire de la création.

Qu’est-ce qu’un retirage ?

C’est un tirage original exécuté après la mort de l’auteur par le possesseur des négatifs .C’est toujours une interprétation, hors du contrôle du photographe, et leur qualité dépend du talent du tireur.

La limitation des tirages :

Trois cas se présentent :

- certains photographes ne numérotent pas, ni ne limitent et se contentent de faire les tirages à mesure de la demande, se réservant d’interrompre leur production quand ils le désirent.

- d’autres photographes ne limitent pas mais numérotent leurs tirages, 1er, 2ème, 3ème, etc .

- d’autres décident du nombre maximum de tirages qui seront faits: (les plus fréquents sont 15,25 ou 50) et les numérotent 1/25, 2/25, etc ce qui ne signifie pas que tous les tirages prévus seront faits, c‘est seulement une quantité maximale.

Il faut savoir qu’un négatif est fragile et que le tirage d’une photographie se fait actuellement d’une manière artisanale quand il s’agit de beaux tirages : le tirage est effectué manuellement, pièce par pièce: on peut dire que chaque tirage est unique.

L’APO a pour mission de faire respecter les règles qui protègent l’intégrité du marché de la photographie, et par conséquent, les photographes et les collectionneurs.

Ces règles sont nées logiquement de la nature même de la photographie.

 

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